07-01-2026 08:29 - Route des Canaries : chute de plus de 60% des arrivées de migrants dans l'archipel espagnol en 2025
INFO MIGRANTS -
En 2025, plus de 17 500 exilés sont arrivés aux Canaries, contre près de 47 000 en 2024. Soit une baisse de 62% sur un an, selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur.
Cette chute des arrivées dans l’archipel espagnol s’explique par un renforcement des contrôles sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest à la faveur d’accords signés avec l’Espagne.
Après deux années de records d’arrivées consécutifs aux Canaries, les flux migratoires vers l’archipel espagnol se sont considérablement taris en 2025.
Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, un peu plus de 17 700 migrants sont arrivés aux Canaries en 2025, contre près de 47 000 en 2024 et près de 40 000 en 2023. Ainsi entre 2024 et 2025, la baisse constatée est de 62%.
Cette forte chute s’explique par le renforcement des accords conclus entre l’Union européenne et la Mauritanie, le Sénégal et le Maroc, les trois principaux pays de départ de pirogues ces dernières années. En 2024, l'UE a multiplié les visites en Afrique pour signer de nouveaux partenariats et ainsi tenter d'enrayer les départs de migrants vers l’archipel espagnol. Un an plus tard, les effets de ces accords ont commencé à se faire sentir.
Des accords avec la Mauritanie, premier pays de départ des pirogues
Depuis 2023, la Mauritanie est le premier lieu de départ des migrants d'Afrique de l'Ouest arrivés dans l'archipel espagnol.
Depuis plus de 20 ans, Nouakchott reçoit pourtant des sommes conséquentes de l’Espagne et de l’UE pour la gestion des migrants. Pour la période 2022-2027, l’allocation de l’UE s’élevait à 12,5 millions d’euros. Mais les récentes arrivées massives ont poussé les Vingt-Sept à augmenter les financements.
Ainsi en mars 2024, un nouvel accord signé entre l'UE et la Mauritanie a permis d'allouer une enveloppe de 200 millions d’euros au pays saharien. L'été suivant, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a effectué une visite à Nouakchott afin de signer un autre accord migratoire avec la Mauritanie - et la Gambie.
En échange, les autorités mauritaniennes se sont engagées à durcir la législation locale sur l'immigration clandestine.
Depuis le début de l'année 2025, la Mauritanie mène une politique répressive envers les migrants subsahariens qui se trouvent dans le pays en attendant de prendre la route de l'Atlantique pour rejoindre les Canaries. De très nombreux migrants ont raconté les arrestations arbitraires jusque dans la rue ou sur les lieux de travail des exilés. Les personnes ont ensuite été expulsées vers les frontières du pays, et notamment la ville de Rosso, au Sénégal, qui a vu débarquer en quelques semaines des milliers d'exilés.
Entre janvier et avril 2025, la Mauritanie a ainsi intercepté plus de 30 000 migrants, avaient indiqué des sources gouvernementales en mai. Et lors d'une rencontre tenue à Madrid le 17 octobre, l'Espagne et la Mauritanie ont annoncé avoir déjoué 3 500 tentatives de migration irrégulière en 2025 sur le sol mauritanien.
D'autres accords avec le Sénégal et le Maroc
Le Sénégal aussi, second pays de départ vers les Canaries, a reçu, en octobre 2024, une aide de 30 millions d'euros de la part de l'UE pour lutter contre l'immigration clandestine.
La Commission européenne finance déjà un projet de 5,75 millions d'euros visant à renforcer la capacité des forces de sécurité sénégalaises pour lutter contre l'immigration clandestine, la traite des êtres humains et le trafic de migrants.
Cet accord, comme celui avec la Mauritanie, a commencé à porter ses fruits en 2025 : au premier trimestre, les forces sénégalaises ont interpellé plus de 1 900 personnes qui tentaient de prendre la mer, "dont une majorité d’étrangers - 1 000 personnes - utilisant le Sénégal comme point de départ" avait indiqué en septembre le secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), Modou Diagne.
Le Maroc, quant à lui, a reçu en décembre 2024 une enveloppe de 2,5 millions d'euros afin de renforcer ses capacités en matière de surveillance des frontières, de mieux contrôler les points d'entrée, de lutter contre les réseaux de trafic d'êtres humains et de protéger le sud de l’Europe des flux migratoires venus de ce pays du Maghreb.
En parallèle, depuis 2013, l'UE a déboursé plus de 360 millions d'euros - dont 234 millions proviennent du Fonds fiduciaire d'urgence de l'Union pour l'Afrique, indique une note de l'UE datée de février 2022 - pour aider le Maroc dans sa lutte contre l'immigration irrégulière.
Baisse des morts sur les routes menant vers l'Espagne
Cette chute de 62% des arrivées de migrants aux Canaries en 2025 accompagne logiquement une baisse générale de 42,6% des arrivées irrégulières sur tout le sol espagnol (36 775 en 2025 contre 64 019 en 2024).
Mais un autre archipel, celui des Baléares, a lui connu une recrudescence des arrivées. En 2025, près de 7 400 personnes sont arrivées sur ce territoire espagnol, contre 5 900 en 2024. Soit une hausse de 24,5%.
"Des bateaux arrivaient quasiment tous les jours cet été. Il y avait aussi des cadavres, des disparus. Ce sont des situations anormales qu’on ne voyait pas l’année dernière", racontait en octobre à InfoMigrants Carlos MartÃn Ciscar, porte-parole de la plateforme Acollim, un regroupement d’associations dans les îles Baléares.
La route qui part de l'Algérie vers les Baléares est ainsi devenue en 2025 "la principale route de transit vers l'Espagne", affirme l'ONG Caminando Fronteras dans un rapport publié fin décembre. Cette hausse des départs vers cet archipel se traduit par un plus grand nombre de morts. Selon l'ONG, 1 037 personnes parties d'Algérie vers les Baléares ont perdu la vie en 2025, contre 517 en 2024.
À l'inverse, les décès vers les Canaries ont chuté. Caminando Fronteras dénombre 1 906 morts et disparus sur la route atlantique. En 2024, l'ONG avait décompté 9 757 décédés ou disparus dans la même zone maritime. Soit la quasi-totalité des décès en mer vers l'Espagne cette année-là .
Par Leslie Carretero
