08-01-2026 03:38 - Ecosystèmes humides du Sahara : la méconnaissance est leur plus grande menace
La Mauritanie est tenue, en vertu de l’article 26 de la Convention de la Diversité Biologique (CDB) et en tant que Partie à celle-ci, de remettre un rapport national sur les mesures prises, depuis le dernier rapport, pour la mise en œuvre de la Convention et leur efficacité dans la réalisation des objectifs de la Convention.
La préparation en cours du septième rapport, intervient dans un contexte marqué, notamment par la décision 16/32 relative à l’adoption d’un modèle révisé pour l’élaboration et la présentation des septièmes et huitièmes rapports.
En gros, il s’agit de fournir une évaluation des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, des stratégies et plans d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) et des Objectifs du Développement Durables (ODD).
Dans cet exercice notre pays est appelé à répondre à des questions précises avec des données et informations récentes et dont les sources sont appropriées, tout le contenu étant agencé de manière à pouvoir dégager les efforts déployés par le pays en faveur de la biodiversité, les progrès réalisés dans la mise en œuvre des documents référentiels précités et les contraintes persistantes.
Afin de contribuer aux efforts que le pays entreprendra obligatoirement pour se conformer aux nouvelles orientations de la CDB, je rappelle que dans des écrits passés, j’avais plaidé pour une approche consistant à consacrer, pour étudier la biodiversité dans notre pays, deux (2) grands écosystèmes : un écosystème aquatique maritime et un écosystème continental englobant le reste d’un côté, de la partie terrestre du territoire national et de l’autre, des zones humides.
Le grand écosystème maritime, est composé (i) d’un écosystème marin couvrant la ZEE Mauritanienne et ses rivages immédiats et (ii) d’un écosystème côtier couvrant, lui, le reste de la frange côtière maritime et le littoral qui peut s’étendre sur une partie variable du continent voisin (écosystème littoral). Cet ensemble écologique, inclut les Aires Marines Protégées (PNBA, PND, Chatt Tboul) ainsi que d’autres sites stratégiques comme la Reserve Naturelle de la Baie de l’Etoile, la Reserve Satellitaire du Cap Blanc, Tanoûdêrt, et le Canyon de Banda-Tamxat, etc.
L’écosystème continental est, quant à lui, constitué des zones terrestres désertiques ou arides sahariens et sahéliens, et puis d’un ensemble d’écosystèmes humides dont certains sont spéciaux et peu ou pas étudiés.
L’objet du présent écrit est, en plus de vulgariser davantage les sites humides les plus cités dans les bibliographies, d’attirer l’attention de nos décideurs concernés et des chercheurs scientifiques sur l’importance de quelques écosystèmes pour qui la méconnaissance constitue la plus grande menace actuelle et future pour leur biodiversité, voire pour leur existence.
Les sites humides en question, comprennent les Oasis, les Vallées fluviales (Fleuve Sénégal et ses affluents dont le Gorgol et le Karakoro), les Sebkha, les Gueltas, les Tamourts, les Cavités souterraines qui regroupent toutes les formes de grottes, cavernes et cavités géologiques fermées (karsts, puits, anciens tunnels), etc.
A propos, les spécificités des habitats et des populations qu’abritent particulièrement ces cavités souterraines, en font des écosystèmes spéciaux refuges et des champs d’étude pour les chercheurs et même pour les amateurs de la nature et des aventures, notamment les spéléologues.
Une stratégie nationale multidimensionnelle et un plan de gestion par site, doivent être mis en place pour promouvoir le développement et la conservation de l’ensemble de ces écosystèmes humides qui constituent généralement « des points chauds de biodiversité » et un patrimoine écologique, archéologique et culturel dont les valeurs (d’usage et de non usages) sont exceptionnelles et inestimables.
Un axe stratégique de ladite stratégie, devra être l’amélioration des connaissances scientifiques à travers des visites dirigées par des spécialistes et la mise en œuvre de programmes de recherche multidisciplinaires engageant particulièrement des biologistes (systématiciens et écologistes), des géologues, des spéléologues, des géographes, des économistes et des sociologues.
Un sous-programmes devra viser prioritairement (i) l’inventaire, la répartition géographique et les caractéristiques techniques des écosystèmes spéléologiques à l’échelle nationale, (ii) leur état de vulnérabilité et les principales menaces, (iii) la place qu’ils occupent dans les politiques et stratégies nationales et enfin, (iv) l’état de conservation et les mesures et actions institutionnelles et juridiques à prendre pour renforcer davantage la conservation de ces écosystèmes refuges hautement fragiles.
En somme, il s’agit de procéder à l’actualisation de la stratégie nationale de la biodiversité et de son plan d’action pour tenir compte davantage (i) tant des progrès réalisés que des obstacles existants, (ii) du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal et (iii) des Objectifs du Développement Durables (ODD).
A bon entendeur, salut !
Dr Sidi El Moctar TALEB HAMME
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