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23-12-2025

12:53

La souveraineté alimentaire, c'est maintenant : L’Afrique doit se réveiller

Mohameden Fall -- Le monde a changé, et beaucoup l’ont compris avant nous. Les nations qui comptent aujourd’hui ont tiré les leçons des crises successives, d'ordre sanitaires, énergétiques, géopolitiques et ont compris une chose essentielle : on ne peut durablement dépendre des autres pour se nourrir, produire et innover.

Pendant que d’autres organisent méthodiquement leur indépendance alimentaire, énergétique et technologique, l’Afrique continue, paradoxalement, à importer massivement ce qu’elle pourrait produire elle-même.

Nos pays achètent à l’étranger des denrées alimentaires, des produits agricoles transformés, parfois même des matières premières… alors que ces mêmes ressources sont détenues sur nos propres terres. Cette contradiction n’est plus seulement un paradoxe économique : elle est devenue un risque stratégique.

La question n’est donc plus faut-il être souverain ?

La vraie question est : quel prix sommes-nous prêts à payer pour l’être ?

Car oui, la souveraineté a un coût.

Elle peut être inflationniste lorsqu’elle passe par des droits de douane ou par la protection des productions locales. Elle est fiscalement exigeante lorsqu’elle impose des investissements lourds dans l’agriculture, l’énergie, la transformation locale, le stockage, la recherche et l’innovation. Elle exige un État stratège, capable d’orienter, de réguler, d’accompagner, parfois même de contraindre.

Mais ce coût est à comparer à celui de la dépendance : la vulnérabilité aux chocs extérieurs, l’insécurité alimentaire, la perte d’emplois locaux, la fragilisation de la paix sociale et, à terme, l’atteinte à la dignité nationale.

En Afrique, et particulièrement en Mauritanie, la souveraineté alimentaire doit être pensée comme une priorité nationale. Nous avons des terres, de l’eau, des femmes et des hommes courageux, des savoir-faire locaux, notamment dans la transformation agroalimentaire. Ce potentiel ne demande qu’à être structuré, soutenu et valorisé.

C’est dans cet esprit que nous avons passé tout le week-end à Rosso, à l’occasion du lancement officiel des activités de l’ONG ADELSA (Action pour le Développement Local et la Souveraineté Alimentaire), une initiative portée par l’honorable député Ahmet FALL.

À travers l’accompagnement des femmes transformatrices de produits locaux, pour le développement local, ADELSA incarne une vision concrète de la souveraineté : produire localement, transformer localement, consommer localement, créer de la valeur et de l’emploi sur place.

C’est cela, la souveraineté bien pensée.

Pas le repli sur soi, ni la fermeture au monde. Mal conduite, la quête de souveraineté peut mener à la récession, à l’inflation incontrôlée et aux tensions.

Mais bien pensée, elle devient une opportunité de coopération, d’innovation, de justice sociale, de développement durable et de paix.

La Mauritanie doit mieux faire.

Elle doit mieux penser sa politique de souveraineté, surtout alimentaire. Elle doit investir davantage dans la transformation locale, protéger intelligemment ses producteurs, soutenir les initiatives communautaires, et faire de la sécurité alimentaire un pilier de sa stratégie nationale.

La souveraineté n’est pas un luxe.

C’est une nécessité.

Et le moment d’agir, c’est maintenant.



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